Pierre Henri Beaubatier

Mon unique et merveilleux amour: la vie


Au petit bal du samedi soir, mon souvenir le plus vivace est celui de Guy. Je le remarquai tout de suite en entrant, alors que je me dirigeais en direction du vestiaire. Très blond, les yeux clairs et rieurs, il avait un pull vert cru orné d'un aigle blanc sur la poitrine. Il dansait avec une fille lorsque nos regards se croisèrent. Ce fut le coup de foudre. La danse qui suivit, conquérant, il vint m'inviter. Je pensais à cette chanson qui disait: "l'amour vaut mieux que la fortune". Serrés l'un contre l'autre, joue contre joue, les mains enlacées, je découvrais une autre ivresse qui m'entraînerait plus loin que les rivages romantiques auxquels j'avais accosté.




Cheminement d’un être


Lors de la transformation de la maison familiale en hôtel, il a fallu faire de nombreux travaux. Mon père excellait dans pein¬tures et tapisseries où il montrait ses aptitudes à exécuter des choses qui le motivaient. Bien sûr, la maison prit un tout autre rythme de vie qui m'obligea à me retirer dans le grenier pous¬siéreux. Il y avait là un pigeonnier désaffecté dont je fis le palais de mes poupées. J'y passais de longues heures à coudre les modèles que j'imaginais pour elles. Parfois, le soleil couchant me surprenait au travers des petites vitres voilées de toiles arachnéennes et me caressait de ses rayons colorés, ajoutant sa lumière irréelle à mes rêves de mousselines, de perles, de plumes et de dentelles.


Presse


Henri Beaubatier, Cheminement d'un être, 146 p., nombreuses photos et dessins de mode, [AP A 2232]


Dans la tentative d ' auto justification qui sous-tend avec plus ou moins d ' évidence toute autobiographie, il y a aussi un désir de plaire. Souvent discret, ici, il s' expose. Au centre du livre, sur cinquante photos en pleine page correspondant à cinquante années de la vie de l'auteur, celui-ci pose, s'affichant dans une tenue de bal costumé, imaginé et réalisé par lui ¬même.
Henri Beaubatier le reconnaît: il a un immense narcissisme; mais celui-ci ne nous envahit pas car il est compensé par une modestie de même acabit. Personnalité paradoxale, il a fallu tout un cheminement de pensée à l'auteur pour se comprendre, et cet écrit en est un témoignage. Guidé par ses rêves, Henri Beaubatier a toujours voulu être fidèle à ses aspirations les plus secrètes, se révélant progressivement dans la mesure où il pouvait les vivre. Ecriture réflexive, avec ses catégories favorites: romantisme, amours platoniques, amour intégral, exigence d'harmonie et de réalisme, mais aussi écriture évocatrice des atmosphères d'enfances et des passions de jeunesse. On apprend incidemment qu'une page qui relate une veillée dans la maison familiale, est en fait, une rédaction repérée par un instituteur qui avait demandé à l'auteur d'aller la lire dans toutes les classes !
« Si l'on me demande à quoi ressemble ma littérature, je réponds qu'elle se situe entre Kafka et la comtesse de Ségur ». Il faut bien ces deux références pour à la fois contenir « les rêves de mousseline, de perles, de plumes et de dentelles » d'un jeune garçon « qui a eu une enfance de petite fille très attirée par les poupées » pour lesquelles il passait son temps à coudre des modèles de vêtement, et rendre compte de l'invention d'un style pour vivre son homosexualité au temps de l'armée, des chantiers de jeunesse et du STO. Sa modestie, son aptitude à se moquer de lui-même ont désarmé bien des persécuteurs potentiels, les métamorphosant en rieurs, leur faisant rejoindre ainsi le public des admirateurs.
A lire l' auteur, on comprend que le destin devient clément quand celui à qui il s'impose n'a qu'une pensée en tête « dépêchons-nous d'être heureux! » et pour cela, mobilise constamment les ressources de son imagination. « Ma vie a été le mariage heureux d'un romantisme effréné à un réalisme tout aussi puissant » .

Michel Baur




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Adresse de l’auteur :

Henri BEAUBATIER
42 rue Joseph Python
75020 PARIS

Prix: 16 €

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