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Jacques-Louis Gérard

Dans la nuit du dimanche 13 avril 1958, dans un quartier résidentiel de Paris, quatre personnes d’origine étrangère meurent abattues à coup de révolver. Ultérieurement, après avoir pris une fausse piste en soupçonnant une vieille femme aux airs excessivement pieux, la police inculpe de meurtre un nommé Octave Ghileb. Ami intime d’une des victimes, il n’est pas, en réalité, le vrai coupable, mais ce fait n’importe plus à personne. Son inculpation met le point final à ce qui a l’air de n’être qu’un crime passionnel quelconque nuancé d’érotisme plutôt sordide. Et pourtant il s’agit d’un drame d’un autre genre. Le vrai coupable, si l’on peut dire qu’il n’y en a qu’un seul, est un Louisianais nommé Frédéric Adrien Delarc. Sans y être invité, cet individu séduisant mais sinistre pour qui le temps ne compte pas se faufile dans la vie des uns et des autres. Il s’ingénie à conduire ses hôtes dans des pièges en s’identifiant avec tout ce qu’il trouve d’incomplet dans leur personnalité. Il ne révèle jamais le pourquoi de ses ruses, mais on a parfois l’impression qu’il fait partie d’une trinité subversive.

Derrière ce roman noir se cache une étude approfondie de la nature humaine. Une galerie de personnages complexes aux personnalités et aux liens ambigus permet à l’auteur de brosser avec finesse la peinture d’une société marginale, riche et oisive, évoluant dans le monde de la nuit. C’est une histoire dans laquelle rêve et réalité, passé et présent, comme dans la vie, se côtoient et se mêlent. Ici le sexe et la débauche ne sont que les moyens d’échapper à une lancinante solitude intérieure, et cachent un profond désir d’être aimé. Au fil des pages ce qui se dessine est la thématique de l’homme et de son double, celle de l’affrontement du bien et du mal dans l’âme humaine.>>>>


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D'où vient le titre de mon roman, UNE OMBRE SUR UN CHEMIN DU HASARD?

Le titre de mon roman vient d'un vers d'un poème d'Oscar Vladislas de Lubicz-Milosz (1877-1939) intitulé "Un Chant d'adieux devant la mer" : "Votre amour est une ombre sur un chemin du hasard." D'autres vers de ce poème figurent dans l'exorde de la première partie de mon roman. Milosz était un Lithuanien, spécialiste des langues orientales, qui a vécu en France pendant toute sa vie d'adulte et a écrit la plupart de son oeuvre -- poésie, théâtre, contes, etc. -- en français. Il est l'auteur d'un seul roman, L'AMOUREUSE INITIATION, publié à Paris par Grasset en 1910. C'est un roman dans lequel l'exaltation cosmique est zébrée de scènes scabreuses et de détails triviaux. Dans la rédaction de mon roman, celui de Milosz a influé quand même moins sur mes idées que certaines oeuvres des années soixante et soixante-dix, telles que L'ANNÉE DERNIÈRE A MARIENBAD, LE VOYEUR, et LA MAISON DE RENDEZ-VOUS d'Alain Robbe-Grillet et CHAQUE HOMME DANS SA NUIT et l'AUTRE de Julien Green.

Avant de me décider définitivement en faveur du titre UNE OMBRE SUR UN CHEMIN DU HASARD, j'en avais choisi deux autres : LES PIÈGES DU TROMPEUR et L'ÉNIGME DE LA SALLE D'ATTENTE. Ces deux titres ont fini par me sembler moins clairs et moins expressifs que celui que j'ai extrait du vers de Milosz.

Quel est le genre de ce roman? Un polar? Un roman historique? Un roman érotique? Un roman régional? Un roman d'anticipation? Un roman d'aventures? Un roman noir? De quoi s'agit-il?

Il convient surtout de l'appeler un roman noir, d'autant plus que dans mes études universitaires j'ai toujours éprouvé une attraction spéciale à l'égard du romantisme noir de la littérature européenne du XIXe siècle et que j'ai lu plus d'une fois le célèbre livre du savant italien, Mario Praz, LA CHAIR, LA MORT ET LE DIABLE DANS LA LITTÉRATURE DU XIXe SIÈCLE, dont la traduction française a été publiée par les Éditions Denoël, Paris en 1977 et rééditée par Gallimard (Tel) en 1999. UNE OMBRE SUR UN CHEMIN DU HASARD est un roman littéraire et quelque peu philosophique. Ce n'est certainement pas un roman régional. Depuis le début de ma vie j'ai vécu dans toutes les régions du monde sauf l'Australie et les pôles nord et sud sans jamais m'enraciner dans aucune. Bien qu'il y ait dans UNE OMBRE SUR UN CHEMIN DU HASARD un thème sous-jacent d'homosexualité, ce serait une erreur de taxer d'érotisme cette oeuvre dans laquelle il s'agit essentiellement de l'éternel conflit entre le bien et le mal. Il faut tenir compte du fait que je l'ai écrite il y a plus de trente ans quand dans la littérature on laissait entrevoir des rapports homosexuels moins souvent qu'aujourd'hui. A la fin des années soixante quand je finissais d'écrire ce roman il me semblait que de tels rapports pourraient produire un choc chez mes lecteurs éventuels. Sans chercher à être l'émule de Rachilde, l'auteur de romans tels que MONSIEUR VÉNUS et LES HORS NATURE, j'ai osé aborder un thème qui depuis a pris de plus en plus d'ampleur dans la société.

Quel a été le point de départ de mon idée pour ce roman, l'incident de base qui l'a fait naître dans mon esprit?

Le point de départ a été une scène d'exhibitionnisme dont j'ai été témoin tout à fait par hasard en regardant par la fenêtre de la chambre de l'hôtel à Paris que j'ai habitée pendant les quatre derniers mois de mes deux années de service obligatoire dans l'armée américaine (1953-54). Cette scène a laissé une impression indélébile dans ma mémoire. La fenêtre de ma chambre au quatrième étage de l'hôtel faisait face aux nombreuses fenêtres du vestiaire des acteurs du Théâtre du Châtelet où depuis longtemps on présentait L'AUBERGE DU CHEVAL BLANC. Quitte à être catégorisé par la postérité comme voyeur, j'avoue que j'ai passé de longs moments à observer un acteur (un chanteur probablement) qui ne devait avoir qu'un rôle de figurant dans cette comédie musicale. Habillé d'un petit slip noir, et rien de plus, il restait assis sur un banc à regarder une revue en se caressant de temps à autre les pectoraux. Ses cheveux noirs bouclés lui faisaient une ombre sur le front. Il avait un beau visage dont l'expression me semblait sensuel et cruel; physiquement il était très bien fait. Quand à la fin c'était pour lui le moment de mettre son costume de tyrolien, il se mettait debout sur son banc, et, tournant la tête à droite et à gauche, peut-être pour s'assurer que d'autres acteurs ne l'observaient pas, il baissait rapidement son slip et attendait pendant deux minutes avant de procéder à l'habillage. Dans mon roman il est devenu Frédéric Adrien Delarc, Federico Adriano Delarco, Fred D. Lark, un symbole de la sexualité humaine qui au cours du XXe siècle est devenu de plus en plus obsédante et ravageuse.

Et pour les autres personnages d'UNE OMBRE SUR UN CHEMIN DU HASARD y a-t-il une base dans la réalité ou sont-ils tous, comme Frédéric Adrien Delarc, un symbole de quelque chose?

Pour tous les autres il y avait, en effet, une base dans la réalité des multiples pérégrinations de ma vie. J'ai incorporé dans le caractère de chacun des traits caractéristiques que j'ai observés dans la conduite de diverses personnes de mon entourage, des amis, des collègues, des parents. Et dans le développement du drame dont Frédéric Adrien Delarc est l'instigateur insaisissable j'ai souvent amalgamé ma pensée personnelle et la pensée de tous. Ainsi que le dit le vieux beau, Cecil Browne, au début du roman : «Un "visage singulier", ah! bien oui; nous en avons tous un. Donc nous faisons tous partie d'une seule personne, et nous ne nous voyons jamais en réalité; nous ne voyons que des images successives et fuyantes des objets que nous aimerions absorber ou par lesquels nous aimerions être absorbés.... des images.... peut-être celles qu'on voit à travers les fenêtres, ou même dans les journaux.»


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J. L. Nixon
1, impasse des Sources
17290 Virson

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